Itinéraire d'un ethnographe 1907 - 1946
Les années Eskimo 1933-1939
Ces années sont essentielles dans la vie de Paul-Emile Victor, car elles marquent le commencement de sa longue carrière polaire.

Cette dernière débute sous un double parrainage : Mauss ­ Paul-Emile Victor sera ethnographe ­, et surtout Charcot ­ il sera spécialiste des régions polaires.

Paul-Emile Victor suit les cours du premier à partir de fin 1933 et rencontre le second au début de 1934.

La rencontre avec Charcot est déterminante : c'est grâce à l'appui du « gentleman polaire » que Paul-Emile Victor met le pied à l'étrier.

hutteKangerlutsuatsiaq Lors de son premier hivernage (1934-1935) à Ammassalik, sur la côte Est du Groenland, qu'il effectue avec trois compagnons, l'anthropologue Robert Gessain, le géologue Michel Pérez et le cinéaste Fred Matter, Paul-Emile Victor entame l'étude ethnographique des Eskimo d'Ammassalik.

Servi par ses talents en langue et en dessin, il suit le programme et la méthode de Mauss :
être curieux de tout, tout noter, tout dessiner et tout photographier, afin de comprendre tous les aspects de la société analysée, de la vie matérielle (techniques du corps, habitat, alimentation) à la vie spirituelle (légendes, contes, chamanisme), en passant par les techniques de transport et de chasse.
Rentré en France en 1935, Paul-Emile Victor acquiert une certaine célébrité, en écrivant des articles et donnant des conférences.

©  Fonds Paul-Emile Victor - Bibliothèque du musée de l'homme / Perez, Matter, Victor et Gessain sur le pont du "Pourquoi-Pas" Il décide de repartir au Groenland en 1936 :
il effectue, en compagnie de Gessain, Pérez et du danois Eigil Knuth, une traversée d'ouest en est de la calotte glaciaire du Groenland en traîneaux à chiens, traversée tenant à la fois de l'exploit sportif, de l'expédition scientifique et de la mise à l'épreuve de soi.

Arrivé sur la côte Est, il hiverne une seconde fois (1936-1937), vivant comme « un Eskimo parmi les Eskimo » et complétant ainsi l'étude ethnographique des Eskimo d'Ammassalik, qu'il décrit comme une « civilisation du phoque », c'est-à-dire une société organisée de part en part autour du phoque et de sa chasse.

De retour en France, il entame l'exploitation de ses expéditions ethnographiques :
se succèdent conférences à succès, articles scientifiques et « grand public », la publication de son journal d'expédition (Boréal, 1938 ; Banquise, 1939) et l'introduction des techniques eskimo en France, avec l'organisation d'un raid transalpin en traîneaux à chiens en 1938.

Devenu un personnage médiatique, il est conseiller technique du film de Jacques Feyder La loi du Nord en 1939.

Tant sur le plan scientifique que sur le plan médiatique, c'est donc une prometteuse carrière d'ethnographe-explorateur qu'interrompt le déclenchement de la guerre en 1939.