L'exploration des pôles
Mont Paul-Emile VICTOR / Qaqqaq Paul-Emile VICTOR (en Groenlandais) -  Extrait du JOURNAL de BORD
Mont Paul-Emile VICTOR / Qaqqaq Paul-Emile VICTOR (en Groenlandais)

Première ascension et baptême du Mont PEV

Situation du Mont PEV sur la côte Est du Groenland   Le MONT PAUL-ÉMILE VICTOR (Qaqqaq Paul-Emile Victor)
est situé sur la côte Est du Groenland par
68° 48’ 40“ 152 de latitude Nord et
29° 33’ 24“ 423 de longitude Ouest.

Culminant à 3609 m, il est le quatrième sommet du Groenland !

© Arnt Flatmo / Face Nord-Ouest du Qaqqaq Paul-Emile Victor Sa première ascension et son baptême ont été effectués le 12 juin 1996, par une équipe de l’association «Ascendances », regroupant :

- Pierre GROSSMANN, 54 ans, chef d’expédition
Pierre Grossmann, chef d'expédition - Bernard MULLER, 44 ans, guide de haute montagne
- Hans Christian SØRENSEN, 38 ans, guide groenlandais et médecin
- Laurent BEY, 27 ans, équipements
- Joseph DESANTIS, 38 ans, transmissions
- Bernard GILLET, 50 ans, images
- Vania GROSSMANN, 27 ans, intendance
- Patrick METZ, 43 ans, mesures GPS.


© Arnt Flatmo / Face rocheuse Ouest du Mont PEV    Le saviez-vous ? Les cinq plus hautes montagnes au-delà du Cercle Polaire Arctique sont au Groenland, et toutes dans le massif des Monts Watkins.
Comme beaucoup de personnes, j’imaginais (Pierre Grossmann) le Groenland recouvert d’une épaisse et vaste calotte glaciaire, mais sans grand relief.
C’est fortuitement en 1994, alors que notre petite équipe d’alpinistes amateurs recherchait un nouveau terrain de grimpe et d’aventures, si possible « exotique », que je découvrais  avec surprise et enthousiasme les Monts Watkins, chaîne de montagnes particulièrement élevées, située sur la côte Est du Groenland, dans la corne au Sud du Détroit de Scoresby (Kangertitiivaq), à près de trois degrés au dessus du Cercle Polaire.
L’idée de monter une expédition dans les Monts Watkins s’imposa rapidement, et c’est au cours de sa gestation que je découvrais, stupéfait, qu’autour du Gunnbjørns Fjeld (Hvitserk), point culminant de l’île avec ses 3694 m, gravi seulement une dizaine de fois et jamais par des Français, s’élevaient quatre autres sommets majeurs, dont deux totalement vierges …et sans nom.
L’objectif devenait évident : nous gravirions successivement en deux semaines les cinq plus hauts sommets du Groenland, dont deux en première mondiale. Un pari audacieux et peut-être beaucoup de prétention pour des amateurs tels que nous. N’allions-nous pas, bien imprudemment, jouer dans la cour des grands ?
Carte de la région (1970)Pourtant le projet prenait corps et s’étoffait avec, notamment la mission que nous confiait le Cadastre danois, de mesurer très précisément la position et l’altitude des cinq sommets.
Mais le point fort de l’expédition restait la « conquête » des deux sommets vierges. Sur la carte très sommaire au 1 : 250 000 dont nous disposions, ils étaient simplement désignés par leur cote, estimée à 3400 m, et j’appris qu’il était possible de leur donner un nom.

Le nom de Paul-Émile Victor pour l’un des sommets s’imposa immédiatement.
Mais avant d’entreprendre les démarches officielles auprès du Gouvernement Autonome Groenlandais, qui est seul décisionnaire pour le nom des lieux, il me fallait écrire à PEV pour lui demander son accord. La nouvelle de sa mort fut annoncée, juste avant que je poste la lettre…
Je ne saurai évidemment jamais quelle aurait été sa réponse, mais j’appris par la suite que ma demande aurait été rejetée par l’administration groenlandaise, qui n’accepte pas les noms de personnes vivantes.
Il me restait à adresser ma demande aux enfants de PEV, dont je reçus un accord chaleureux.
J’entamais donc les démarches en juin 1995. J’appris que la politique groenlandaise était de ne plus retenir que des noms groenlandais, et parfois même de débaptiser des lieux portant des noms européens et notamment danois. Je pensais pourtant que ma demande pourrait recevoir une suite favorable, tant le rayonnement de PEV au Groenland restait grand, et tout particulièrement sur la cote Est, depuis ses deux hivernages dans la région d’Ammassaliq en 1934 et 1936.
Lettre d'accord pour le départ de l'expédition 1996    Il fallut pourtant attendre plus de six mois pour obtenir enfin l’accord du Greenland Place Name Authority (Nunat Aqqinik Aalajangiisartut) (voir document à gauche). Une difficulté inattendue était apparue, avec la reprise au même moment, des essais nucléaires  français dans le Pacifique. Une initiative fort peu du goût des groenlandais. Je n’eus aucun mal à comprendre leur réprobation, mais je fis valoir que notre équipe était strasbourgeoise, et qu’autant la municipalité Strasbourg que le Conseil de l’Europe siégeant à Strasbourg, avaient clairement et officiellement marqué leur opposition à cette reprise. Il semble bien que cet argument ait porté, l’accord tant attendu nous parvenant enfin le 31 janvier 1996.

Quant au deuxième sommet vierge, nous avions proposé de le baptiser Count Eigil Knuth, du nom du célèbre sculpteur, archéologue, écrivain et … explorateur danois, qui avait participé à de nombreuses expéditions au Groenland, et notamment en 1935-1936 à des expéditions françaises sur la côte est. Il avait également traversé en 1935, et en compagnie de PEV , la calotte glacière entre Christianshaab et Angmagssalik. Notre demande ne fut malheureusement pas acceptée au motif que le nom de Eigil Knuth avait déjà été donné au Kap Kobenhavn renommé Kangeq Eigil Knuth.
A ma connaissance, ce sommet, le cinquième du Groenland, ne porte toujours pas de nom.

Plaque commémorative déposée sur le Mont PEV La plaque commémorative,
confiée par les Victor pour être fixée sur le sommet,
nous parvint in-extremis,
une semaine avant le départ.
Atterissage du Twin-Otter Tout était donc en place lorsque, après vingt mois de préparation, le Twin-Otter affrété en Islande nous déposait le 6 juin 1996, sous un soleil éclatant, à la jonction de deux vastes glaciers. Cet emplacement situé à 2000 m, idéalement placé pour accéder aux cinq sommets, devenait notre camp de base.
Carte satellitaire des deux glaciers Une météo particulièrement accueillante, avec 12 jours de beau sur 16, une neige froide et peu profonde facilitant la glisse des pulkas, des températures ne descendant pas en dessous de – 22°C et un vent de 60 Km/h maximum sur certains sommets, nous ont bien aidés pour réaliser, sans difficulté majeure, tous nos objectifs. Les mesures des cinq sommets, effectuées pour le Cadastre Danois, ont permis de définir les altitudes avec une précision de 20cm.Carte de 1998 des Monts Watkins
Elles figurent désormais sur la nouvelle carte de la région au 1:100 000 disponible aujourd’hui.
Mont Paul-Emile VICTOR / Qaqqaq Paul-Emile VICTOR (en Groenlandais) -  Extrait du JOURNAL de BORD