L'héritage Ecologique

Continuer l'oeuvre et le combat de P.E.V. pour la planète et les générations futures...

Sauver l'Arctique

Fonte des Pôles : L'Arctique est en première ligne face au réchauffement climatique dont les effets ont pris au pôle une ampleur inégalée ailleurs.
Article de Thierry Piantanida, Ushuaïa Magazine, Mars 2005

© IPEV / GMercier
Herschel, île au large de la côte nord du Canada,à la frontière de l'Alaska.
Un cercueil délabré glisse lentement dans la pente. Peut-être celui d'un chasseur de baleine du début du siècle dernier. Emporté par la fonte du permafrost, le sol qui reste normalement gelé en profondeur, il disparaîtra bientôt dans l'océan.

Tandis que la température moyenne de la Terre s'est réchauffée de 0,6 °C en un siècle, l'Arctique a connu une hausse moyenne de sa température de 2 à 3 °.

 
 

© IPEV / PThirietUn phénomène qui s'explique par le rôle majeur joué par la glace dans l'écosystème polaire.

Ordinairement, la surface de la glace renvoie les rayons du soleil vers l'espace, limitant le réchauffement du sol et de l'océan.
 Lorsque la glace fond, cette surface blanche est convertie en une surface sombre qui absorbe beaucoup plus de chaleur.
 L'océan se réchauffe alors et provoque l'accélération de la fonte.
 

© IPEV / YHusianyciaL'Arctique est ainsi pris dans une spirale infernale que rien ne semble pouvoir arrêter.

De quoi nous expédier en enfer

À Shishmaref, village de 600 habitants sur une petite île du détroit de Bering, la population entasse des sacs de sable pour lutter contre l'érosion marine.
Ces défenses dérisoires ne font que retarder l'inévitable : la côte est grignotée par la hausse du niveau de l'eau qui se dilate sous l'effet du réchauffement climatique.
De plus, comme la mer de Bering est de plus en plus souvent libre de glace, les tempêtes se font de plus en plus violentes, aggravant encore l'érosion.
Les maisons les plus exposées seront remorquées une à une vers l'intérieur de l'île. Les habitants de Shishmaref ont créé un village provisoire à l'intérieur des terres.

© IPEV / ALeNeveMais ils savent que leurs enfants ne grandiront pas sur cette terre habitée depuis quatre mille ans. 
Usines, routes, voies ferrées, gazoducs, oléoducs sont également mis à mal dans tout l'Arctique par le sol qui se transforme en une boue que rien ne peut retenir.
Et le pire est à venir :
en fondant, le permafrost libère d'énormes quantités de méthane - un gaz dont l'effet de serre est beaucoup plus puissant que le gaz carbonique.
Le sous-sol de l'Arctique, gelé sur des centaines de mètres de profondeur, en recèle des milliards de tonnes.
De quoi nous expédier en enfer...

© IPEV / DRucheL'océan est l'autre grande source d'inquiétude pour l'avenir.
Quels seront les effets, pour les espèces vivantes, du réchauffement de l'océan Arctique, dont les eaux de surface ont déjà gagné un degré ?
Et d'ailleurs pourra-t-on seulement y déceler les changements, alors qu'on ne sait presque rien encore de son fonctionnement naturel ?




© IPEV / SDrapeauFaire grimper l'océan de plusieurs mètres
L'apport d'eau douce provenant de la fonte des glaciers de l'Arctique pourrait ralentir la circulation océanique profonde, qui régule le climat de la planète.
En temps normal, les eaux provenant du pôle, froides et salées et donc lourdes, s'enfoncent en descendant vers l'équateur où elles se réchauffent pour revenir vers le pôle.
Des eaux moins salées et donc plus légères pourraient ralentir cette circulation et atténuer les effets du GulfStream, ce courant marin chaud qui tempère le climat de l'Europe de l'Ouest.

© IPEV / SDrapeauÀ plus long terme, ce sont les calottes polaires du Groenland et de l'Antarctique qui inquiètent.
Ces énormes accumulations de glace baignent dans une température largement négative qui les met à l'abri d'une fonte d'ici un siècle ou deux.
Mais une fonte même partielle suffirait à faire grimper le niveau de l'océan de plusieurs mètres...

En attendant, alimenté par la fonte des glaciers et la dilatation thermique, le niveau des océans continuera à augmenter, exposant les habitants des côtes basses de la planète, au nord comme au sud, à un même péril.


Les Inuit ont pleinement conscience du caractère exceptionnel de leur situation.
SheilaWatt-Cloutier,vice-présidente pour le Canada de la Conférence circumpolaire inuit, qui regroupe les peuples autochtones du Nord, résume le sentiment général dans l'Arctique :

«Protégez l'Arctique et vous sauverez la planète !»

La voie des Politiques

Article de Marie Kock, Ushuaia Magazine, Mars 2005© IPEV / DRuche

Cris d'alarme, exhortations à l'action... Les sommets sur l'environnement tentent de sensibiliser la planète.
De nombreux scientifiques et organisations de défense de l'environnement commencent à trouver le temps long et à se demander à quoi sert d'empiler les réunions internationales.
Dès la fin des années 1960, le Club de Rome s'inquiète et le fait savoir avec le slogan « Halte à la croissance » .
Depuis, il y a eu Stockholm, Washington, le rapport Bruntland, le Sommet de la Terre à Rio, Kyoto, Johannesburg...
Le concept de développement durable apparaît, et lier le développement économique à la protection environnementale devient de plus en plus évident.

© IPEV / DRucheProtéger la Terre devient une priorité. Tout au moins dans les discours.
Cependant aujourd'hui, certains pionniers de la lutte se sentent découragés, parce que ces sommets ne tiennent pas toujours leurs promesses.
Il est temps de passer à l'action.
Difficile déjà de réglementer l'environnement mondial, en l'absence des États-Unis :
ces derniers ont refusé de ratifier le protocole de Kyoto sur le réchauffement climatique -alors qu'ils sont les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre (en poids de CO2 par habitant) - tout comme la convention sur la biodiversité (CDB qui avait pour but de freiner la disparition des espèces, signée par 188 pays au Sommet de la Terre de Rio, en 1992).
En outre, la portée de ces protocoles n'est pas toujours évidente.
Dix ans après le constat de l'échec de la CDB, le Sommet de la Terre de Johannesburg s'engage à nouveau à réduire significativement la diminution de la biodiversité d'ici 2010.
L'objectif laisse sceptiques certains scientifiques qui trouvent le but difficilement réalisable et s'interrogent sur la nécessité de créer régulièrement de nouvelles directives ou de nouveaux outils (comme la création d'un groupe interministériel pour la biodiversité évoquée lors de la conférence « Biodiversité, science et gouvernance » à Paris), plutôt que de renforcer l'application des outils existants. 

© IPEV / DRuche
Enfin, pour beaucoup de scientifiques et d'associations, il n'est plus temps d'accumuler les constats mais de passer à l'action, puisque l'état des connaissances est suffisant pour se rendre compte qu'il faut lutter contre l'effet de serre, la déforestation ou la perte de biodiversité.

 Et que c'est déjà le cas depuis plusieurs années. 

Et pour la France :

En septembre 2002, lors du Sommet de Johannesburg, Jacques Chirac avait lancé un vibrant
"Notre maison brûle et nous regardons ailleurs"

La France semblait vouloir faire de l'environnement une priorité.

Aujourd'hui, est votée la Charte de l'Environnement.

Un comité interministériel du développement durable a vu le jour, pour établir une stratégie ainsi qu'un conseil national du développement durable formé de 90 représentants de la société civile, élus locaux, entrepreneurs et associations.

Mais si ces préoccupations se retrouvent souvent dans les discours et les déclarations de bonne volonté, les actes sont timides...

Plus d'infos sur les démarches "institutionnelles" ici...(Ministère de l'écologie et du développement durable)

Agir en Ecocitoyen

45 % des émissions de CO2 proviennent de notre consommation.
Nous avons un réel pouvoir sur l'état de la planète...Exerçons le !

Exemples d'actions concrètes de "l'écocitoyen" :

Limiter ses déplacements en voiture et les faire à vitesse réduite
Les déplacements les plus fréquents, sur courtes distances, sont les plus polluants car le pot catalytique, qui n'a pas le temps de chauffer, est inefficace.

Choisir une voiture économe en carburant.
Rien de plus facile, car tous les constructeurs sont tenus d'afficher la consommation.


Utiliser les énergies propres si possible :
 solaire et humaine (vélo et marche à pied).
 Le solaire est un investissement à moyen terme parfaitement rentable.
 Quant à l'énergie musculaire, elle est excellente pour la santé !

Isoler au mieux son logement
30 % de l'énergie s'enfuit par une toiture mal isolée.
Les réductions d'impôts sont d'ailleurs de retour, il faut en profiter et baisser toutes les factures !

Éviter d'avoir recours à l'électricité pour se chauffer,
Convertir la chaleur en énergie, pour produire de l'électricité convertie de nouveau en chaleur, est un nonsens écologique.

Utiliser des ampoules à basse consommation et des appareils électroménagers économes en énergie.
On fait des économies réelles sur le long terme.

Privilégier l'achat de produits régionaux, de saison et frais.
Le transport, la réfrigération ou la congélation d'aliments sont très gourmands en énergie. Et la saveur est rarement au rendez-vous.

Limiter sa consommation de viande et d'aliments cultivés par l'agriculture intensive,
car il faut 10 à 15 calories d'énergie pour produire une calorie alimentaire et 3 t de pétrole pour produire 11 d'engrais.

Trier, recycler ses déchets et renoncer aux articles trop emballés.
Leur poids par habitant a triplé en vingt ans. Les déchets les meilleurs sont ceux que l'on n'a pas créés !

Sécher ses vêtements sur un fil plutôt qu'avec un sèche-linge.
On fait des économies d'énergie et de temps car le repassage est plus facile...

Retour à Ammassalik

hutteKangerlutsuatsiaqSoixante ans d'ethnographie au Groenland
(
Propos recueillis à Ammassalik par Jean-Louis Perrier),
Le Monde du 13 aout 1994

Directrice de recherche au CNRS et auteur, en 1986, d'une thèse intitulée "Les Ammassalimiuts au 20eme siècle" (inuits de la région d'Ammassalik),

Joelle Robert-Lamblin revient en mission à l'été 1994 au Groenland, sur les traces de Paul-Emile Victor qui avait étudié cette population dès 1934. Elle témoigne.
On célèbre en 1994, par une exposition dans le petit musée de Tasiilaq, sur la côte est du Groenland, le soixantième anniversaire des recherches françaises à Ammassalik.
La première mission date en effet de 1934.
Paul-Emile Victor était alors élève de Marcel Mauss.
Il convainc Charcot de le prendre à bord du "Pourquoi-Pas ?" de le déposer à Ammassalik avec le médecin et anthropologue Robert Gessain, le géologue et géographe Michel Ferez et Fred Matter, qui assurait la couverture photo et cinématographique.
Ils hivernent et rentrent en France.
En 1936, ils reviennent en traversant l'inlandsis (calotte glaciaire).
En septembre, Victor est déposé par Charcot à 250 km d'ici et passe l'hiver avec sa famille d'adoption.
Robert Gessain, de son côté, est allé au Mexique, s'est consacré à la psychanalyse, a repris le chemin du Musée de l'homme, dans les années 1950, comme sous-directeur.
En octobre 1962, il me donne une masse de papiers rassemblant les généalogies relevées en 1934 qu'il avait essayé de remonter et d'accorder avec les éléments datant de 1884 et 1894.
Au début, il n'y avait pas d'état civil, les dates pouvaient varier, les gens avaient plusieurs noms, ce qui ne facilitait pas la tâche.
Ammassalik était le jardin secret de Robert Gessain. Il y est revenu pour la première fois en 1965, trente ans après. Il s'est installé avec sa famille en 1966 pour près d'un an.
Il en a tiré ce livre essentiel : Ammassalik ou La Civilisation obligatoire (Flammarion, 1969, épuisé). A son retour, il m'a incitée à me lancer dans une thèse sur le Groenland.
J'y suis partie en 1967 pour deux mois, suis restée cinq et revenue souvent.

Quels sont les différents axes de recherche suivis par Paul-Emile Victor et Robert Gessain ?
Paul-Emile Victor avait une formation d'ethnographe et il a noté avec méthode les formes de la culture matérielle. 
Comme il a l'œil de l'ingénieur et la main du dessinateur, ses notes sont complétées par des dessins bien plus informatifs que les photos.
Il suivait systématiquement des domaines comme la  gestuelle et les postures, que l'on n'enregistrait pas auparavant
(La Civilisation du phoque. Jeux, gestes et techniques  des  Esquimaux  d'Ammassalik, ARMAND COLIN 1989)
La population avait une façon de vivre à laquelle le corps était parfaitement adapté, et quand on leur a installé des sièges et des tables, les gens n'ont pas su les utiliser.
L'exemple classique est celui des femmes qui lavaient debout, cassées en deux, la  bassine à leurs pieds.
Le pasteur s'est dit : si je mets la bassine sur la table, elle va comprendre que c'est moins fatigant, mais quand il est revenu, il a trouvé la femme debout sur la table, dans la même posture.
Robert Gessain a été le premier médecin permanent ici et a fait une thèse d'anthropologie physique sur les habitants d'Ammassalik.
Je crois que la notion d'isolat est intervenue ultérieurement.
C'était un véritable laboratoire: une population demeurée dans un isolement quasi total pendant plusieurs siècles, vivant en autarcie totale.
Tout juste y avait-il  eu  quelques  contacts  lors  d'opérations de troc au sud.
Sur le plan anthropologique et biologique, c'était particulièrement intéressant.
Le retour de Robert Gessain dans les années 1960 est important lui aussi car nous disposons maintenant de soixante ans de recherches sur la même population !
Ammassalik est tout à fait exceptionnel par son suivi.

Se poursuit-il aujourd'hui ?
Je voudrais faire un bilan entre les premières recherches de Robert Gessain et la situation actuelle.
Le devenir de la famille, les mariages mixtes, la natalité, la mortalité, les causes de mort sont des indicateurs essentiels.
Ensuite,je voudrais comparer avec le Scoresbysund. En 1925, les seuls habitants de la côte est du Groenland étaient ceux d'Ammassalik.
Les Danois avaient la souveraineté sur les régions habitées par les Groenlandais, aussi ont-ils décidé d'aller peupler la côte à 1000 km au nord, au Scoresbysund, pour régler un problème géopolitique avec la Norvège.
Les gens ont été volontaires: ils pensaient qu'ils allaient partir deux ou trois ans et revenir, comme pour une expédition de chasse, avant de découvrir que c'était pour toujours.
Je suis allée là-bas en 1968, j'y suis retournée en 1970 et, enfin, vingt ans plus tard. Je voudrais comparer cette population avec celle qui n'a jamais été transplantée ailleurs.

Quelle est la durée de vie moyenne ?
Au Groenland, elle est déjà de dix ans inférieure à celle du Danemark, malgré tout l'effort déployé par le système de santé.
Et ici, elle est plus basse encore que sur la côte ouest. Les accidents sont nombreux vu le pays, la mortalité infantile importante, ainsi que celle due à l'alcoolisme, à la violence et aux suicides, puisqu'on y relève le record mondial de taux de suicides chez les jeunes, et plus encore au Scoresbysund.

Y avait- il des suicides dans la société traditionnelle ?
Il  y  a  toujours  eu  des  suicides,  mais  celui  des jeunes est récent.
Dans la société esquimaude traditionnelle, c'étaient plutôt les personnes âgées, celles qui étaient un poids pour la société et avaient fini leur vie qui y recouraient.
C'était un rituel annoncé et généralement bien accepté.
Maintenant, les personnes âgées sont assistées par la société et ce sont les jeunes, essentiellement des garçons entre 16 et 20 ans, qui ressentent un mal de vivre.
Et cela vaut pour tout l'Arctique.
Ici, la société a profondément changé, les structures familiales également, c'est un autre monde.

où situer cet autre monde ?
On peut se poser la question alors que l'on fait le bilan de cent ans de colonisation.
Ammassalik fut découvert en 1884, mais le début de la petite capitale, avec son poste commercial, date de 1894.
La première fois que je suis venue, un tiers du district vivait en ville: c'est passé à plus de la moitié.
C'est une cité sans ressources naturelles, mais avec des emplois administratifs, où les jeunes ont envie de vivre.
Ils rencontrent une copine, ont un enfant, puis vont voir la commune pour trouver un logement et pointer au chômage.
Tout cela est déjà dans le livre de Robert Gessain.
Depuis 1966, le phénomène n'a fait que se développer.
Il n'y a pas de quoi fêter cent ans de civilisation.
Et ce qui s'était voulu un modèle au départ est un échec.

En quoi était-ce un modèle ?
En ce sens que les Danois avaient conscience de toucher à un groupe très fragile et qui allait perdre son âme.
Ils ont donc essayé de filtrer au maximum les contacts avec l'extérieur, et cette situation s'est relativement maintenue jusqu'à la seconde guerre mondiale.
Après, ils ont fait volte-face et pressé le mouvement pour faire évoluer la population.
On a fait venir les jeunes au Danemark pour les européaniser, ce qui, à mon sens, est à l'origine de la grande cassure actuelle.
Mais même avant la guerre, alors que la population était maintenue dans l'isolement, le chamanisme avait été sévèrement banni, ce qui était déjà une atteinte importante à la culture.
Les derniers baptisés l'ont été en 1921. Tout l'Arctique a été touché. Parce qu'il était facile de s'y imposer. En apparence.
Ils ont été victimes de leurs qualités : celles de gens capables de s'adapter.

Comment penser l'avenir ?
J'ai l'impression, en ce qui me concerne, qu'on arrive au bout d'un cycle.
On entre dans une ère où le tourisme s'épanouit, où les vieilles générations ont disparu, celle d'une nouvelle société qui va chercher sa voie.
C'est la fin d'une culture.
Il est difficile de raccorder dans le temps la société actuelle avec l'ancienne.
Il reste des éléments, essentiels, comme la langue.
Mais la population demeure colonisée jusqu'au fond de son âme, sans initiative, sans esprit d'entreprise, attendant que les solutions arrivent de l'extérieur, à la différence de celle de la côte ouest.