Expéditions internationales 1952 - 1960

Les expéditions américaines au Groenland 1952-1957

N'ayant pu obtenir de financement pour poursuivre les campagnes EPF, Paul-Emile Victor se tourne, fin 1951, vers son deuxième pays : les Etats-Unis.

© IPEV / SDrapeauLes relations qu'il a conservées et entretenues depuis la guerre avec les milieux polaires américains, ainsi que la réussite logistique des EPF, qui ont développé les transports terrestres au Groenland ­ alors que les Etats-Unis ont tout misé sur l'aviation, lui permettent de devenir conseiller technique spécial pour le Groenland de l'armée américaine.

C'est à ce titre qu'il participe aux campagnes 1952 et 1953 de l'Opération Nord au Groenland.
En sus de son rôle général de conseiller, notamment pour l'établissement du plan d'opérations, il dirige les reconnaissances aériennes et les opérations de soutien aérien.

Il effectue donc de nombreux vols au-dessus du Groenland, ce qui lui permet d'acquérir une connaissance sans égal de la géographie de ce dernier.

Après cette phase de terrain (1952-1953), sa coopération arctique avec les Américains entre dans une phase de cabinet (1954-1957), avec en particulier la publication de l'importante Geography of Northeast Greenland en 1955.


 © IPEV / DRuche

L'Année Géophysique Internationale 1954-1959

Lors de la préparation de l'Année Géophysique Internationale (AGI), préparation qui commence réellement en 1954, Paul-Emile Victor est marginalisé par l'action conjuguée de deux adversaires :
le père Lejay, et derrière lui une bonne partie du milieu scientifique français, et Bertrand Imbert, et derrière lui la Marine.

Lejay nomme Imbert Chef des expéditions antarctiques françaises de l'AGI, mais ce dernier ne peut se passer de la logistique des EPF et c'est ainsi que Paul-Emile Victor obtient la présidence du sous-comité antarctique français, fonction à vrai dire quelque peu honorifique.

Marginalisé, Paul-Emile Victor ne va cependant pas rester inactif pendant l'AGI.
Il décide de jouer sa carte personnelle.
C'est d'abord en 1956, après un premier voyage en Terre Adélie, l'organisation d'un tour du monde aérien transpolaire, dont la guerre de Suez empêche la réalisation.

Puis c'est, en 1957, à l'occasion d'une mission d'observation des opérations antarctiques américaines de l'AGI, la réalisation d'une sorte de « pèlerinage polaire » au pôle Sud.

Enfin c'est surtout, en 1958 et 1959, la reprise en main des expéditions en Terre Adélie après l'AGI et l'obtention d'une décision gouvernementale rendant permanentes les expéditions françaises en Terre Adélie et garantissant de ce fait la pérennité des EPF, Paul-Emile Victor ayant le mérite de comprendre que la coopération internationale et les recherches scientifiques initiées lors de l'AGI en Antarctique étaient appelées à se poursuivre.

L'Expédition Glaciologique Internationale au Groenland 1955-1960

© G. Gadioux, collection privée / PEV devant un NORD 2000 avant le départ pour l'EGIG en 1960L'Expédition Glaciologique Internationale au Groenland (EGIG) est en quelque sorte la suite des premières expéditions EPF au Groenland, tant au niveau des buts poursuivis (étude de la calotte glaciaire du Groenland) que des moyens logistiques utilisés (petits groupes mécanisés soutenus par avion).

Elle s'inscrit dans la logique d'internationalisation des expéditions polaires et la participation, sous la direction des EPF, de l'Allemagne, la Suisse, le Danemark et la Belgique, peut presque la faire considérer comme le volet polaire de la construction européenne.

 

© G. Gadioux, collection privée /  Jojo, au cours de l'E.G.I.G 1967, répare une chenille d'un weasel avec R. ChappuisAprès une longue et minutieuse préparation (1955-1958), pendant laquelle son réseau polaire américain s'avère bien utile, Paul-Emile Victor dirige en 1959 la campagne principale de l'EGIG.

 

 
 

 

©  J. MASSON /  Hivernage, E.G.I.G 1960, Station Jarl JoséCette campagne constitue l'apogée de sa carrière polaire :
logistique parfaitement au point, étude systématique (glaciologie, météorologie, sondages séismiques…) de l'inlandsis groenlandais, reconnaissance internationale de l'excellence des méthodes scientifiques et techniques des EPF et de leur homme-orchestre, Paul-Emile Victor.